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Revue de littérature : approche psychanalytique des troubles psychosomatiques


La place du corps dans la psychanalyse


Freud a développé la psychanalyse à partir de l’hystérie dont le conflit psychique issu de la psycho-sexualité (en lien avec l’histoire infantile, le développement psychique du patient) se traduit sur la scène du corps. Le symptôme de conversion est un déplacement d’un conflit intrapsychique sur un lieu du corps qui va être touché en raison d’une “complaisance somatique” (Freud S., 1905). Il constitue une formation de compromis entre un désir sexuel et l’interdit de celui-ci. Dans ce cas, c’est le corps imaginaire (par exemple, quand le patient dit “j’ai l’impression que ça brûle”, “c’est comme un coup de poignard”, “j’ai un poids sur les épaules”) qui est touché, le corps qui éprouve psychiquement sans qu’il y est d’atteinte organique (invisible sur examen médical).


Le symptôme psychosomatique va se définir différemment du symptôme de conversion. Il met en jeu le soma, le corps réel, c'est-à-dire le corps porteur d’une maladie. L’organisme du sujet est altéré. Il ne renvoie pas à la psycho-sexualité mais à la réalité actuelle du sujet (Dumet, N., 2002).



Le symptôme somatique


Du non sens…


Pour P. Marty, la désorganisation somatique fait suite à une désorganisation psychique (Marty, P., 1980). Le sujet échoue à élaborer mentalement ses conflits, à lier les excitations pulsionnelles traumatiques. Cette particularité de fonctionnement mental est imputable à un défaut du préconscient. Il parle de “lacunes de l’organisation préconsciente” pour évoquer les carences des représentations ou leur insuffisante liaison.


Chez les malades somatisant l’accès au fantasme et à la symbolique est barré. Les conflits psychiques sont absents. Il n’existe donc pas de signification symbolique et psychique à rechercher du côté du symptôme : le symptôme est alors dit “bête” (Marty, P., de M‘Uzan M., David C., 1963). La question du sens du symptôme est donc incohérente. Ce dernier n’ aurait pas de sens subjectif puisqu’il n’est pas le résultat d’un traitement psychique. Il n’aurait pas de lien avec l’inconscient et ne pourrait pas se prêter à une interprétation.


Dans cette approche est considérée l’idée que le symptôme somatique aurait une valeur de décharge (de décharge de tensions). Pourrait-on considérer que ce symptôme somatique puisse avoir un sens dans le fonctionnement psychique d’un patient ?



… À la mise en sens du symptôme somatique


Pour Sami-Ali (1987), la somatisation offre un matériau d’élaboration dans l’après-coup. J. McDougall (1989) considère le symptôme somatique comme porteur de sens inconscient. Les somatisations sont des messages que la psyché ne peut véhiculer. Elles constituent “une proto-communication”, une tentative d’expression verbale, qui est en lien avec la constitution psychique du patient. L'auteure explique la somatisation comme défense contre l'effondrement psychique (contre une forme de décompensation psychique telle que la psychose), contre des angoisses archaïques et “vécus mortifères”.


C. Dejours (1997, 2001) va distinguer plusieurs corps : le corps réel (ou anatomo-biologique, selon l’auteur) et le corps érotique (corps qui éprouve le plaisir et la souffrance). Le corps érotique (pourvu d'une vie psychique) va s’étayer sur le corps réel (corps des organes et des fonctions biologiques). L’auteur explique que les organes mobilisés ne donnent pas “la clé du sens des symptômes”. Pour lui, la question de la signification ne peut être obtenue que de la parole du patient. Cette approche se différencie alors des approches somato-émotionnelles qui accordent à chaque organe une signification universelle.


Il introduit en 1989 le concept de “somatisation symbolisante”.


« Elles fonctionnent pour l’appareil psychique comme précurseurs des représentations mentales. On pourrait parler de "frayage psychosomatique" ».

Parler de la question du sens du symptôme revient à s’interroger sur la fonction symbolisante du désordre somatique. Alors, cette décompensation somatique, cet “agir expressif”, agir somatique, du corps (Dejours C., 1989) pourrait être entendue comme une tentative de symbolisation d’expérience traumatique en attente d’historisation (en attente d’appropriation psychique du patient, une mise au travail psychique pour comprendre les parts traumatiques de son histoire).


Dans la même lignée, pour N. Carels (1986, 1987), une expérience qui n’a pu se symboliser par la voie psychique peut emprunter d’autres chemins comme l’agir somatique pour s’élaborer psychiquement. Pour N. Dumet, le désordre somatique :


« peut venir exprimer et traduire la rémanence d’expériences vécues, non enregistrées psychiquement, non subjectivées mais en attente de l’être » (Dumet N., 2005).



En résumé


Selon l’approche psychanalytique, le symptôme somatique parle de :

  1. différence avec le symptôme de conversion: la psychosomatique parle d’une atteinte réelle du corps (ex maladie)

  2. décharge de tension sur la voie du corps

  3. défense contre l’effondrement psychique (décompensation psychopathologique, ex la psychose)

  4. le sens du symptôme somatique est en lien avec l’histoire de vie du patient

  5. tentative de symbolisation, de traitement, d’une problématique traumatique jusqu’alors mise en suspens et se déployant sur le corps



Bibliographie


N. CARELS (1987), Les liens entre corps, agir et préconscient. Revue Française de la Psychanalyse.

C. DEJOURS (2001), Le corps, d’abord, p. 29.

C. DEJOURS (1989), Recherches psychanalytiques sur le corps. Répression et subversion en psychosomatique.


S. FREUD (1905), Trois essais sur la théorie sexuelle.


J. MCDOUGALL (1989), Le théâtre des corps, p. 50.


N. DUMET (2005), 15 cas cliniques en psychopathologie de l’adulte.


A. SAMI (1987), Penser le somatique. Imaginaire et pathologie.





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