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À la manière des « Groupes Balint » ...


D’un diplôme universitaire…

Floriane L’Hermite, ostéopathe et étudiante en psychologie, et Anaïs Djefaflia, psychologue, sommes associées pour former des groupes de supervision à l’attention des ostéopathes, dans la ville de Lyon. Notre idée est née suite à l’obtention du Diplôme Universitaire de Philosophie de l’Ostéopathie par Floriane L’H. Ce mémoire, soutenu en fin de cursus, portait sur la question du positionnement clinique de l’ostéopathe, sa posture dans la consultation. Prenant comme point de départ la théorie biodynamique, qu’elle découvrit pendant sa formation initiale, ce mémoire déroulait alors le fil de la question du neutre (de J. Jealous), de la neutralité bienveillante (de S. Freud) jusqu’à la neutralité agissante de Jean-Luc Donnet (psychanalyste). En bref, une recherche centrée sur la relation thérapeutique, une clinique au chevet de.


Travailler et ajuster son positionnement clinique, c’est faire ce pas de côté qui permet une mise à distance du patient et de son symptôme sans y être indifférent ; c’est « ne pas faire sienne la souffrance de l’autre » tout en étant au plus proche des demandes du patient (d’écoute, de présence, de reconnaissance du symptôme, de soulagement, etc.) ; c’est identifier les « tu es comme moi » et « tu es différent de moi ».


En somme, être capable d’un retour réflexif sur sa propre pratique clinique serait de trouver un juste milieu, d'équilibre et de travail d’accordage (au sens de Daniel Stern, psychanalyste), une juste distance professionnelle. Travailler cette certaine justesse, au cœur de la relation patient/praticien, tout comme les ostéopathes ont l’habitude de travailler la justesse de leurs gestes techniques, entre selon nous dans la catégorie des formations professionnelles continues pour les ostéopathes D.O.




… à la formation d’un dispositif de groupes de supervision

C’est alors qu’interviennent les groupes de supervision, cet espace privilégié de mise au travail du positionnement clinique. Nous les avons imaginés à la manière des « groupes Balint ». Notre façon de concevoir la supervision est qu’elle se doit d’être un groupe dirigé par un(e) psychologue clinicien(ne) d’orientation psychanalytique. Ainsi, nous pouvons travailler et mettre en sens la part du symptôme qui échappe au patient, et au praticien, autrement dit tout ce qui se rapporte aux processus inconscients et à la dynamique transférentielle (transfert/contre-transfert).


Avez-vous en tête ce schéma illustrant un iceberg (métaphore des structures de l’appareil psychique selon S. Freud) ? Pour faire simple, la partie émergée de l’iceberg étant les processus conscients, la partie immergée les processus inconscients. C’est bien cette dernière que nous explorons et mettons en lumière en supervision et analyse de la pratique.


Anaïs Djefaflia, psychologue clinicienne, est diplômée de la faculté de Lyon, dont l’approche est psychanalytique. L’université Lyon 2 et son laboratoire de recherche en psychologie clinique, le CRPPC, mettent l’accent sur l’approche psychanalytique freudienne et approfondissent les recherches universitaires sur les cliniques de l’extrême (la psychose, les états-limites, la psychosomatique, etc.). Cette approche post-freudienne (par exemple les théories de D. W. Winnicott, Didier Anzieu) propose également de nouveaux dispositifs tels que la médiation thérapeutique, le groupe, etc.


Floriane L’Hermite, ostéopathe D.O, apporte, en co-supervision, le lien entre métapsychologie et pratique ostéopathique, permettant la traduction, en quelque sorte, des théories psychanalytiques aux ostéopathes d’un côté, et de l’autre permettant de garder la nature des spécificités ostéopathiques dans la conception du soin, du corps, de la santé.





Groupe Balint, lieu de réflexion autour de la relation soignant-soigné

Michael Balint est un médecin psychiatre et psychanalyste britannique né en 1896, et décédé en 1970. C’est dans son fameux ouvrage Le médecin, son malade et la maladie, qu’il rend compte d’une manière, tout à fait originale pour l’époque, de reconsidérer la relation soignant-soigné, permettant de questionner la prise en charge du malade et de sa maladie. Il ouvrait à l’occasion les groupes éponymes, constitués de médecins généralistes et d’un ou deux psychanalystes. Plus tard, les groupes s’ouvraient à d’autres professionnels de santé et cliniciens : infirmiers, orthophonistes, psychomotriciens, ergothérapeutes, kinésithérapeutes, etc. Ostéopathes ? Pourquoi pas !


Les groupes Balint sont des groupes fermés et c'est d’ailleurs ce qui fait leur spécificité. Chaque participant fait partie du groupe et la séance est due qu’il soit présent ou non. Les participants font groupe (une dizaine de participants), ils s'engagent sur une durée et se réunissent une à deux fois par mois. Le groupe procède par associations libres (aide, questionnements, associations d’idées) à partir de situations cliniques vécues. Toutes ces précisions sont de l’ordre de la présentation du cadre externe. Le cadre externe est l’ensemble des dispositions matérielles et lois fondamentales qui encadrent l’exercice. Le but du référent, psychanalyste, est de mettre en évidence les dimensions inconscientes de la demande du patient et des réactions du médecin (notions de transferts/contre-transferts).


Les groupes Balint se définissent par le fait qu'ils ne sont ni une thérapie, ni un groupe de débats et discussions, ni une formation à la psychothérapie et la psychanalyse.




À quels questionnements pourraient répondre les groupes de supervision ?

Être supervisé, c’est être accompagné pour trouver son juste positionnement clinique, être un fulcrum (point d’appui) pour le patient, dans le vocabulaire ostéopathique. Voici quelques exemples issus de scènes et de questionnements que traversent des praticiens au quotidien, cela permettra au mieux d'illustrer notre propos :


  • “Il arrive qu’en tant qu’ostéopathe je perçoive comme un instant de sidération face à une problématique traumatique d’un patient, une personne qui fait le récit d’un événement traumatisant : scènes de violences, perte d’un être cher, annonce d’une maladie grave, etc. Comment comprendre ce que je ressens, comment garder une distance juste dans ces situations ?”


  • “Immanquablement les histoires de vie des patients qui nous consultent viennent à un moment ou un autre faire écho avec nos propres vécus. Comment s’en détacher ? Comment utiliser ce que j’ai moi-même vécu sans étaler ma vie privée pour autant ?”


  • “À la demande : j’aimerais trouver une routine d’exercices me permettant de me recentrer, de trouver un ancrage dans ma pratique. La question serait alors : qu’est-ce qui ne me permet pas de (re)trouver ce point d’appui, cet ancrage ?”


  • “Mon approche technique habituelle ne fonctionne pas. Je ne sais pas pourquoi, je me sens en difficulté avec ce patient, comme s’il ne se passait rien ou j’ai du mal à trouver comment avancer dans son traitement, j’ai l’impression de tourner en rond.”


  • “Je ne sais pas si mon soin ostéopathique a fonctionné. Dois-je demander le règlement au patient ? Que faire avec ce questionnement ?”

  • “Comment, et pourquoi, poser un cadre de soin (un suivi thérapeutique) au patient ?”

  • “Comment parler de ma consultation aux autres professionnels, dans le cadre d’une prise en charge interdisciplinaire ?”

  • “Dans ma pratique quotidienne, j’arrive à un stade où je remets en question l’idée de demander au patient de se mettre en sous-vêtements. Qu’est-ce que j’en fait ?”

  • “J’ai l’impression que ce qui se passe dans le corps du patient est lié à ce qui se passe dans sa tête : que puis-je en dire ? Jusqu’où puis-je m’autoriser à en dire quelque chose ?”


  • “Quelques fois je ne sais tout simplement pas quoi répondre à un patient qui fait le récit d’événements douloureux.”




Nous vous proposons de venir réfléchir et de mettre au travail, en groupe, l’ensemble de vos questionnements qui peuvent régir vos cliniques. Vos expertises, vos années de pratiques et les perceptions singulières de votre ostéopathie permettront de nourrir le groupe mutuellement afin que chacun se sente, à l'issue de ces supervisions, avoir maturé de nombreux points de sa pratique ostéopathique.







Références bibliographiques :


BALINT M. Le médecin, son malade et la maladie, Paris : Payot, 1961, trad. de The Doctor, his Patient and the Illness (1957).

DONNET J.-L., « La neutralité et l’écart sujet-fonction », dans Revue française de psychanalyse, « Neutralité bienveillante », Paris : Presses universitaires de France, 2007, Vol. 71/3, pp. 747-762.

FREUD S., « Remarques sur l’amour de transfert », dans La technique psychanalytique, [1953], Paris : Presses universitaires de France, 2007, pp. 129-141.

L’HERMITE F. « Le neutre, un soin ostéopathique bien tempéré - Une approche psychanalytique », mémoire dirigé par Cyril Clouzeau, ostéopathe D.O., et présenté en vue de l’obtention du D.U. de Philosophie de l’Ostéopathie de l’Université Catholique de Lyon, septembre 2019.

STERN D. « Chapitre 7 : Le sens d’un soi subjectif », Le monde interpersonnel du nourrisson, Paris : Presses universitaires de France, 1985, pp. 180-215.


Image: Vassily Kandinsky, Circles in a Circle, huile sur toile, 1923.


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